Enseignement des langues
La diversité linguistique (1) constitue une caractéristique fondamentale de l’Union européenne. Celle-ci ne doit pas être considérée comme une source de division et d’incompréhension entre les populations mais bien comme une richesse inestimable et comme une composante à part entière de son patrimoine.
En ce qui concerne la connaissance des langues, le Conseil européen de Barcelone de 2002 précise qu’il faut « améliorer la maîtrise des compétences de base, notamment par l’enseignement d’au moins deux langues étrangères dès le plus jeune âge (…) » (2).
Pourtant différentes études (3) mettent en évidence les lacunes des élèves francophones, tant pour la connaissance de la langue d’apprentissage, à savoir le français, que pour les langues étrangères.
Les propositions du FDF :
Apprentissage plus précoce des langues
Il faut abaisser progressivement le seuil d’obligation d’apprentissage d’une langue étrangère en Wallonie, en l’amenant au « seuil bruxellois ». Depuis 1998, l’enseignement des langues a été rendu obligatoire au dernier cycle du primaire dans les écoles situées en Wallonie. Il est primordial de continuer dans ce sens et d’aligner ces écoles sur ce qui se fait à Bruxelles, à savoir l’enseignement d’une langue étrangère dès la 3e primaire.
A cet égard, le FDF insiste pour que les périodes d’enseignement du néerlandais des deuxième et troisième degrés du primaire imposées aux écoles bruxelloises soient entièrement financées par la Communauté française.
Un programme d’éveil aux langues
Instaurer un programme d’éveil aux langues dans le cycle 5-8 ans, c’est-à-dire dès la troisième maternelle. Cet éveil aux langues n’est pas un « cours de langue » à proprement parler, il s’agit plutôt de sensibiliser de manière ludique les plus jeunes à l’altérité et à la diversité linguistique et culturelle. Cette approche renforce chez l’enfant l’ouverture d’esprit, développe sa curiosité d’apprendre et le sens du respect de l’autre.
Le libre choix de la langue cible
Actuellement, on constate qu’il n’y a aucune possibilité de choix à Bruxelles, alors qu’il y a une possibilité de choix entre trois langues en Wallonie. Il est difficilement concevable de perpétuer un système inégalitaire en terme de possibilité de choix de la première langue étrangère à apprendre. Cette disparité vaut également pour les établissements pratiquant l’immersion linguistique, puisque la seule langue cible reconnue en Région bruxelloise est le néerlandais.
Il convient dès lors de donner un réel libre choix pour l’apprentissage des langues étrangères en donnant la priorité aux langues officielles de l’Etat belge et aux langues de travail de l’Union européenne. Le choix de la langue étrangère, même pour celui que nous préconisons, n’est cependant jamais absolu pour l’élève. Le choix appartient au pouvoir organisateur de l’école : c’est celui-ci qui décide, après débat en conseil de participation sur le « projet d’établissement », le choix des langues proposées aux élèves.
L’intérêt de cette démarche est aussi d’ordre pédagogique : le choix induit, de manière déterminante, la motivation de l’élève. Cette dernière est unanimement reconnue comme un facteur essentiel de succès pour tout enseignement. Ce qui importe, c’est de donner à l’élève le goût et la confiance en soi nécessaires pour l’apprentissage des langues. La première langue étrangère apprise doit placer l’élève dans d’excellentes dispositions (confiance en soi, goût de l’étude, méthode, oreille plus ouverte, …) pour apprendre de nouvelles langues.
Immersion linguistique : uniquement dans des conditions optimales
L’immersion linguistique connaît actuellement un essor certain mais il n’en demeure pas moins que l’immense majorité des élèves de la Communauté française ne participent pas à un tel programme et que ce sont donc bien ces derniers qui doivent focaliser l’attention des décideurs.
En ce qui concerne l’immersion linguistique, les conditions de réussite de cette approche pédagogique sont difficiles à réunir : elles portent notamment sur la maîtrise absolue de la langue d’immersion par l’enseignant (dont c’est idéalement la langue maternelle ou du diplôme). Ce dernier doit en outre faire preuve d’une connaissance élémentaire de la langue de l’école, sur les caractéristiques du public à qui elle est proposée (adhésion, capacité, effet sur la langue française, voire la langue maternelle), sur la garantie d’une certaine durée du régime, sans conséquence néfaste pour les matières disciplinaires…
Une tentative de « généralisation » de l’enseignement linguistique en immersion, outre qu’elle se heurterait à d’insurmontables difficultés pratiques, n’est pas réaliste car de nombreux publics scolaires connaissent déjà des difficultés dans un enseignement dispensé en français (langue qui est d’ailleurs, dans bien des cas, déjà une deuxième langue).
Des cours de langues dans toutes les formations supérieures
Les programmes de certaines facultés universitaires ou écoles supérieures prévoient l’obligation de suivre l’étude d’une ou de plusieurs langues étrangères.
Par ailleurs, plusieurs universités ou instituts font l’effort d’offrir à leurs étudiants la possibilité de suivre facultativement – et parfois, au prix fort – des formations linguistiques. Mais nombreux demeurent les étudiants du supérieur qui ne sont plus, au cours de leurs études, mis en contact avec une langue étrangère et qui perdent les compétences acquises durant l’enseignement obligatoire.
Il convient dès lors d’imposer à tous les étudiants de l’enseignement universitaire ou supérieur l’obligation de suivre une formation linguistique, étant entendu qu’ils auront la liberté de choix de la langue.
Une cohérence entre la Wallonie et Bruxelles
L’harmonisation entre la Wallonie et Bruxelles concerne l’année du début de l’apprentissage, le volume horaire et le choix des langues.
Les écoles wallonnes devraient commencer plus tôt à enseigner une langue étrangère ; en outre les exigences doivent être les mêmes en terme de « volume d’apprentissage ». Il faudrait donc élever, dans l’ensemble des écoles de la Communauté française, le nombre d’heures consacrées à l’enseignement des langues au niveau actuellement appliqué en Région bruxelloise.
Concrètement, cela signifie 3 périodes d’enseignement d’une langue étrangère en 3e et 4e années primaires et 5 périodes d’enseignement d’une langue étrangère en 5e et 6e années primaires.
Cette cohérence dans l’enseignement des langues entre la Région bruxelloise et la Région wallonne doit également faciliter la mobilité des élèves. Pour le FDF, il est inacceptable que des élèves soient pénalisés parce qu’ils changent d’école durant leur cursus scolaire.
1. L’Union européenne reconnaît 23 langues officielles. A côté de celles-ci, une douzaine de langues régionales ou minoritaires sont reconnues, à des fins juridiques et administratives, par certains pays de l’Union.
2. Conseil européen de Barcelone, Conclusions de la Présidence, mars 2002
3. PISA ; GINSURGH V. et WEBER S., La connaissance des langues en Belgique, Reflets et perspectives de la vie économique, 2007/1, Tome XLVI, p.36














































